Guerre Scolaire
1955, Noir et Blanc, Sonore, 00:08:19, 16 mm
Gaston Bounoure, SNI
"Le problème scolaire en Belgique. La Pluralité scolaire en Hollande. Les difficultés en Vendée. L'école laïque est celle de la paix et de l'union" (Répertoire des films 16 mm de l'OCE de Marseille)
Ce documentaire réclame avec véhémence l’abrogation de la loi Barangé et appelle les spectateurs à voter pour les « candidats qui veulent attribuer les fonds publics à la seule école publique » (aux Législatives de 1956 ?)
Les lois scolaires dites « loi Marie » et « loi Barangé », votées le 21 et le 28 septembre 1951, permirent l’élargissement des subventions publiques à l’enseignement privé. La loi Marie augmentait le niveau des bourses d’études du second degré et permettait désormais de les attribuer aux élèves de l’enseignement public comme de « l’enseignement libre ».
Prenant appui sur l’exemple belge où le "gouvernement pro-laïc" fait face à un fort mouvement de contestation animé par les chrétiens-sociaux, le documentaire agite le spectre de la « guerre scolaire » menaçant toujours l’unité de la Nation et passe en revue des cas clivants emblématiques tels que le statut de concordat en Alsace-Moselle ou la Vendée réfractaire (« berceau de la chouannerie »), mais aussi la plus récente mobilisation de mineurs du Gard, en 1949, en faveur de "l’école libre".
Générique : « Le syndicat national des instituteurs présente | GUERRE SCOLAIRE » | Commentaire dit par Catherine Sauvage | Assistant réalisateur Roland COSTE, Images Jacques LANG, Son Pierre VUILLEMIN, Montage Roland COSTE et Jacqueline TARRIT | Musique Jean WIENER avec le concours des FANFARES de la Grande Ecurie du Roi, Laboratoire LIANOFILM Tirage 16 Enregistrement S.I.S. | Un film de Gaston BOUNOURE
Lieux de tournage : Bruxelles, Benfeld et Oberseebach (Alsace), Vendée, Paris, La Grande Combe (Gard)
Musique (son direct ou enregistré) : Jean WIENER avec le concours des FANFARES de la Grande Ecurie du Roi
Lieux, événements, organismes et personnes cités : Concordat en Alsace-Lorraine, Chouannerie, Adolphe Thiers, Alfred de Falloux, loi Goblet de 1886, loi Barangé de 1951
Annexes :
Loi Goblet (1986) : https://memoires.laligue.org/chronologie/laicite/loi-goblet
Loi Barangé (1951) : https://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_Barang%C3%A9
TRANSCRIPTION
Commentaire off à deux voix (masculine et féminine) :
00:00:39:00
Bruxelles mars 1955. Le parti chrétien-social rallume la guerre scolaire et provoque de violentes manifestations.
Les chrétiens-sociaux s'insurgent contre l'œuvre de redressement scolaire entreprise par le gouvernement laïque.
Un évêque belge déclare « En présence des premiers actes des projets du gouvernement, nous constatons à notre vif regret qu'il révèle une offensive délibérée contre les institutions catholiques. L'église a le droit incontestable d'intervenir en cette matière pour sauvegarder les biens supérieurs des âmes qui leur sont confiées. »
Cependant les laïcs affirment dans le calme et la dignité leur volonté de défendre et développer l'école nationale.
Cela se passe en Belgique...
Mais en France la guerre scolaire sévit également. Moins violente sans doute mais aussi virulente, aussi tenace. L'Alsace, depuis son rattachement à l'Allemagne en 1870, connaît toujours un régime particulier. Trois religions sont ici reconnues : catholiques protestants israélites. Les écoles publiques payées par l'état doivent obligatoirement dépendre de l'une de ces trois religions C'est pourquoi, à Benfeld où nous sommes maintenant, on trouve des écoles publiques confessionnelles, mais pas une seule école laïque. Ainsi les parents, les enfants et les maîtres sont dans l'obligation de se classer dans l'une des trois religions reconnues. Les parents qui refuseraient de se plier à cette contrainte n'auraient pas d'école pour leurs enfants. A Benfeld pourtant, il y a cinq écoles pour quatre cents seize élèves et l'on est même en train d'en construire une sixième. A Oberseebach, même situation. A droite de la mairie : village catholique, village d'en haut. A gauche de la mairie : le village protestant, village d'en bas. Il y a cinq écoles à Oberseebach. Un tel système scolaire vieux de près d'un siècle ne tient pas compte de l'évolution du monde moderne. Il entraîne de nombreuses difficultés pédagogiques, financières. Mais surtout, il porte atteinte à la plus précieuse des libertés : la liberté de conscience.
00:03:32:00
La Vendée, berceau de la chouannerie, demeure terre de croyance où l'école laïque est encore présentée comme l'école du diable. Pourquoi faut-il qu’au nom de cette croyance un clergé de combat et des hobereaux attardés attentent par tous les moyens à l'existence de l'école laïque ouverte à tous et respectueuse, elle, de toutes les croyances ? En Vendée, plus de cinquante communes voient leurs écoles publiques tomber en ruines. Mais les établissements privés y sont florissants. Et là où l'école laïque a, malgré tout, pu se maintenir, il est arrivé que le maire et le curé, au mépris de la loi, ont imposé le crucifix dans les salles de classe en violant la neutralité scolaire et le respect de la liberté de conscience.
Il faut aussi du courage aux parents pour confier leurs enfants à l'école laïque. Plus de courage encore pour exiger, comme l'ont fait ceux-ci, qu’une école publique soit réouverte pour leurs trois enfants. Gabriel, Michel et Jeannette font tous les jours quatre kilomètres pour gagner cette vieille bâtisse où une salle abandonnée a été repeinte pour eux. Ne faut-il pas aussi du courage à ce jeune instituteur ? Il n'a que trois élèves. Il en aurait bien plus si les parents avaient vraiment la liberté de choisir leur école.
En Belgique, aux dernières élections, le peuple s'est prononcé en masse contre toute politique de division et a donné la majorité aux laïcs.
En France, depuis toujours, l'école publique a subi les coups les plus rudes. Monsieur Thiers, déjà, voulait que l'école se fasse dans la sacristie. Monsieur de Falloux avait mis l'école sous la coupe du clergé.
La majorité Barangé continue cette œuvre et ouvre aujourd'hui des brèches très graves dans notre législation scolaire laïque.
Souvenez-vous des événements de la Grand-Combe où les cléricaux s'opposèrent violemment au transfert à l'Etat des écoles des Houillères.
Le pluralisme scolaire, c'est la jeunesse divisée, c'est l'émeute, comme en Belgique !
L'école laïque scolaire, dans le respect des opinions de tous et des croyances de chacun, c'est la jeunesse unie.
Vous accorderez votre appui aux candidats qui veulent attribuer les fonds publics à la seule école publique.
La loi de 1886 pose un grand principe de bon sens : à l'école publique, fonds publics ; à l’école privée, fonds privés. Pour restaurer ce principe, il faut abroger la loi Barangé et les textes qui l'ont aggravée. Il faut respecter le principe constitutionnel de laïcité dans toutes les institutions et services communs de la Nation et de l'Etat.
La restauration de la laïcité par le respect de ces deux principes, implique pour la Nation l'obligation de doter son enseignement public, depuis l'école de village jusqu'aux plus hauts établissements d'enseignement supérieur, de tous les moyens lui permettant de remplir sa mission. Ainsi la France pourra à nouveau se placer en tête des nations sur les routes de l'éducation populaire et de la conquête scientifique.
SÉQUENÇAGE
00:00:39:00
Mars 1955 à Bruxelles manifestation de rue contre l’école laïque et mesures gouvernementales qui lui sont favorables, foule, charge de la police montée, arrestation de manifestants Vs manifestation de rue laïque, cortège calme et sans heurts, banderoles en français et flamand « Une seule école : l’école nationale », « L’argent de tous pour l’école de tous », rangée d’officiels à identifier.
00:01:48:00
Alsace. Village de Benfeld, ses clochers et ses écoles. Cours de récréation avec enfants et personnel clérical (nonnes en habits)
Alsace. Village de Oberseebach, sa mairie, ses maisons à colombages et ses deux bords : protestant et catholique. Etablissements scolaires (façades) et cours d’écoles
00:03:32:00
Vendée. Une grande croix avec Christ crucifié. Des écoles publiques abandonnées ou décaties - Salle de classe avec un crucifix au mur - Enfants d’un couple de fermiers partant à pied à l’école, ils quittent la ferme, ses poules et vaches et gagnent la route en passant à côté de la grande croix et de son Christ. - Instituteur faisant la classe à trois élèves dans la bâtisse qui abrite l’école laïque (tableau, craie, pupitres en bois)
00:06:00:00
Retour en Belgique : cortège manifestant laïc. Banderole syndicale de la Fédération Générale du Travail de Belgique (FGTB) « L’Ecole Publique, l’Ecole de la Démocratie »…
France. Caricatures d’Adolphe Tiers et d’Alfred de Falloux. Assemblée nationale (façade et parlementaires en séance)
00:06:30:00
La Grand-Combe. Manifestation anti-laïque houleuse. Sortie des enfants d’une école encadrés par les forces de l’ordre.
00:06:50:00
Passants s’approchant pour lire une affiche placardée dans la rue « Comme en Belgique, veut-on la Guerre scolaire ? » - Un homme lit le programme du Conseil national d’action laïque - Panneaux électoraux dans la rue - Surtitre sur un panneau vierge « Mais cette histoire n’est pas finie… ».
Fondu au noir. Fin. 00:08:15:00
