Vacances pour tous
1965, couleur, sonore, 00:45:51, 16 mm
Philippe Durand, Centre laïque de tourisme culturel
Un père de famille (joué par Henri Massein), souhaitant organiser les meilleures vacances possibles pour sa famille, passe prendre conseil auprès du Centre Laïque de Tourisme culturel de la ligue française de l’enseignement.
Le générique du film n’apparait qu’après cette séquence d’introduction. Le film est ensuite entièrement documentaire et alterne la présentation de plusieurs centres de vacances, les témoignages de ses usagers et les réflexions de ses animateurs sur le tourisme culturel et populaire défendu par le CLTC et opposé au consumérisme du tourisme de masse.
” Le tourisme ne constitue pas, pour nous, une fin en soi. Nous ne sommes pas des marchands de voyage. Le tourisme, comme la lecture, le cinéma, la radio, la télévision, est un moyen de culture vraie. Mais de même qu'il existe des livres abêtissants, de mauvais films et des émissions insipides ou nocives, il existe de soi-disant séjours et voyages culturels. Le Centre laïque de tourisme culturel de la Ligue française de l'enseignement a comme ambition d'offrir à ses adhérents à la fois détente, délassement et enrichissement personnel. La culture ne doit pas être le bien de quelques-uns. Chaque individu doit avoir accès à la culture, c'est-à-dire à la connaissance et à la compréhension du monde. Chacun peut trouver, dans le vaste éventail des réalisations du CLTC, le séjour ou le voyage qui le tente. » (Henri Massein en conclusion)
Générique : Le Centre laïque de Tourisme Culturel Ligue française de l’enseignement – présente – sous la direction de Guy Noël – VACANCES POUR TOUS – Images de Jean-Marie Direxel – Musique et direction de Cesar Gattegno – Réalisation de Philippe Durand
« Nous remercions les adhérents et les animateurs du Centre laïque de tourisme culturel, le conservateur du musée Fernand Léger à Biot, le Directeur de la galerie Madura à Vallauris qui nous ont prêté leur aimable concours pour la réalisation de ce film. »
Lieux de tournage : Paris (Grands boulevards, cité HLM dans le 18e, CLTC, siège de la Ligue de l’enseignement 3 rue Récamier 7e) – Villeneuve-La-Salle, Lavandou (La Grande Bastide), Barcelonnette, Villefranche-sur-Mer
Personnalités à l'image : Henri MASSEIN, Marc LAVILLE, Jacques CHEVALLIER, Jules OVANLELE (président de la Ligue gabonaise de l'enseignement)
Lieux, événements, organismes et personnes citées : Centre laïque de Tourisme Culturel (CLTC) créé en 1947 par la Ligue de l’enseignement pour développer l’accès aux vacances et aux loisirs des adultes et des familles (Droit aux vacances
et aux loisirs pour tous).
Note technique : copie de numérisation virée magenta.
Le Monde, article de J.-C. B paru le 20 juillet 1963
La ligue de l'enseignement met l'accent sur l'aspect culturel des vacances
Montpellier, 19 juillet. - Au cours de la deuxième journée du congrès de la Ligue française de l'enseignement, M. Laborde, délégué général des Centres d'entraînement aux méthodes d'éducation active (C.E.M.E.A.) a présenté un rapport sur " Les vacances et l'épanouissement de la personnalité ", résultat d'une enquête par sondage d'opinion sur le plan départemental. Deux mille questionnaires ont été envoyés, dont 75 % en milieu urbain et 25 % en milieu rural. Un premier type de questionnaire était destiné aux moins de vingt-cinq ans et aux célibataires ; un second type aux plus de vingt-cinq ans et aux ménages. Au total, 1 983 réponses ont été reçues. De cette enquête, il ressort que 69 % des personnes consultées recherchent en premier lieu dans leurs vacances le repos ; 65 %, la liberté ; 55 %, la découverte d'une région nouvelle ; 48 %, le changement et le dépaysement ; 45 %, enfin, y voient d'abord une occasion d'enrichissement culturel. " Mais, a déclaré le rapporteur, 40 % des Français, en majorité des paysans, sont encore privés de vacances. "
La Ligue de l'enseignement, rappelle M. Laborde, a déjà tenu compte de cette exigence en limitant le plus possible, dans ses propres colonies de vacances, les effectifs, ainsi que le nombre des rassemblements et des manifestations de masse. Malheureusement, déplore l'orateur, ces colonies de vacances sont trop peu nombreuses : 10 % seulement de la population scolaire y participent.
Autres formes de vacances appréciées par les jeunes et les adultes et citées par M. Laborde : le camping (10 % de ceux partis en vacances), les 450 maisons familiales, les 2 000 gîtes ruraux, les villages de vacances, et les centres culturels du Centre laïque de tourisme culturel (C.L.T.C.) (1). L'enquête révèle que 55 % des jeunes demandent des activités culturelles. À la lumière de ces résultats, la Ligue a décidé de susciter une véritable politique des vacances fondée sur la culture. Mais elle entend donner à tous les moyens d'en profiter et mènera une action auprès des grandes centrales syndicales pour qu'elles obtiennent des pouvoirs publics la satisfaction de trois revendications majeures : l'octroi à tous d'une quatrième semaine de congés, la création d'allocations de vacances, une réduction de 50 % du prix des billets de congés payés.
(1) Les activités du C.L.T.C. ont augmenté en un an de 50 %. La progression a eu lieu dans presque tous les secteurs, sauf dans celui des centres d'été en France. Plus de 60 % des participants ont moins de 25 %. Le C.L.T.C. a organisé en 1962 sur le plan national les vacances d'environ dix mille jeunes.
TRANSCRIPTION
00:02:15 :00 – petit garçon jouant sous la table du salon
« Saturne 5, m'entendez-vous ? Nous alunissons. Capitaine Croll, commencez le rétro freinage. Attention. 5, 4, 3, 2, 1, 0. [bruitage spatial] Saturne 5, nous avons aluni. Saturne 5, nous avons aluni. M'entendez-vous ? Parlez !
00:03:00 :00 – voix off à la radio
Ici, (…) près de sa source, murmure sur les cailloux comme pour saluer au passage deux montagnards rentrant d'une longue promenade au lac de la Frèche, au Soum de l'escalette.
00:03:48 :00 – petit garçon
Papa. Papa. Tu m’avais promis, si Gisèle avait son bac, que j'irais à la plage.
Le père (Henri Massein jouant « M. Tout le Monde »)
Mais oui, bien entendu.
Commentaire en voix off
Ligue française de l'enseignement, trois rues Récamier, Paris 7ème. CLTC, Centre laïque de tourisme culturel.
Femme à l’accueil de la CLTC
Votre fille ainée a plus de 17 ans ? Alors pourquoi ne l'enverriez-vous pas seule à Villeneuve-la-Salle, par exemple ? Dans un centre de jeunes. C'est à 400 mètres d'altitude. Après une année en classe d'examen, le climat lui fera le plus grand bien.
Le père
Elle aime la mer. Et puis sa mère. Sa mère préfère.
Femme à l’accueil de la CLTC
La grande Bastide, alors ? C'est au Lavandou, un centre où l'on pratique surtout le nautisme. Les moniteurs sont des gens tout à fait compétents. Ou bien Menton. Nous y recevons chaque année des amis de tous les pays. Les jeunes recherchent volontiers une ambiance internationale.
Quant à vous, si vous voulez vraiment vous reposer, vous n'avez que l'embarras du choix.
Mais peut-être préférez-vous partir à l'étranger ? Grèce. Allemagne. Portugal. Autriche. Italie. Tchécoslovaquie. Israël. URSS. Pologne, Pays-Bas, Algérie, Afrique Noire, Cuba, Mexique, USA, Japon.
Il y a aussi votre petit garçon. Que penseriez-vous d'un mois d'alpinisme ? Le climat de Barcelonnette est idéal. Et si vous êtes pêcheur, il y a des torrents pour la truite.
Mais pour une véritable cure de repos, je vous conseille Villefranche-sur-Mer. Et que votre dame se rassure, les distractions ne manquent pas. Excursion, danse, cinéma, concert, expositions…
[00:09:08.540] – Marc LAVILLE (enregistrement off)
Le tourisme, à l'heure actuelle, est devenu un phénomène commercial extrêmement important, tout simplement parce qu'il répond aux besoins d'évasion légitime de l'homme qui, durant toute l'année, est en butte à des difficultés matérielles de la vie en société et qui a besoin de changer d'horizon.
On a besoin d'oublier pendant quelques semaines son sixième étage, on a besoin d'oublier le métro, etc. Mais il est certain également que cette évasion présente les dangers de toute évasion factice. En effet, à l'heure actuelle, plusieurs organismes qui s'occupent de tourisme sur le plan commercial ont réussi à mettre au point, en faisant appel un peu à la légende de l'exotisme, des voyages extrêmement brillants sur le papier, mais qui, en fait, ne sont qu'un survol extrêmement artificiel des conditions de vie des pays qu'on est censé visiter.
Nous pensons que ce phénomène est extrêmement grave, car il tend à sortir l'homme d'un milieu et à ne lui proposer absolument rien d'un remplacement. Et nous croyons qu'à son retour, la réaction et le retrempage dans la vie quotidienne va être extrêmement dur.
Pour nous, le problème est tout à fait différent. Nous voudrions promouvoir un tourisme qui soit basé davantage sur l'humain.
Ce qui nous importe avant tout, c'est d'arriver à réaliser un tourisme qui soit à la fois populaire, donc ouvert au plus grand nombre, et qui, d'autre part, permette une formation en même temps qu'un plaisir.
En bref, ce que nous voudrions faire, c'est de réaliser un tourisme populaire et culturel.
[00:12:35.00] – Annette, lycéenne (en voix off)
J'habite Lille, je vais au lycée Fénelon. Je rentre en seconde. Je vais faire des études de médecine. J'aime bien la danse comme tous les jeunes, c'est sûr. Le patin à glace, surtout. La lecture aussi, la natation aussi. Je suis venue l'année dernière pour la première fois dans (…). Je trouvais que c'était mieux que les autres formules que d'aller dans un hôtel particulier. Je pense que j'irais encore sur la Côte d'Azur, dans un groupe de jeunes.
Oui, le groupe est très bien. Je me dis pour moi et par moi. On ne s'ennuie pas. On n'a pas les amis qu'on a l'habitude de rencontrer, mais on ne s’ennuie pas, bien sûr, puisqu'on a retrouvé un autre groupe.
C'est très bien, on peut aller tous ensemble sur la plage, on se retrouve partout. Le soir, on peut se réunir. On va danser, c’est bien.
00 :13 :48 :00 – Françoise (en voix off)
On arrive, c'est formidable parce qu'on est tout de suite adopté. Il y a l'ambiance d'abord, presque tout le monde est jeune et c'est l'ambiance des vacances, vraiment. On arrive, on débarque, on fait ce qu'on veut. Très Franchement, c'est tentant. On a envie d'aller se baigner. Il fait beau. Bien sûr, et puis toujours, on est plusieurs, on s'entraîne, c'est très, très gai ( ?).
Je trouve que ce qu'il faut voir en premier la gaieté qui réside. On est sûr qu’on ne passera pas des vacances triste et seule. Il y a le volleyball. Il y a des matchs intergroupes parce que vous savez, on mange à table à l'hôtel, tout ça. Alors, il y a des groupes qui se forment. Et puis, Il y a des matchs aussi interplages, quelques fois. Les intels ont amené ceux d'à côté, alors on fait des petits matchs. C'est très amical et très sympathique. Ça s’entretenait par le groupe, sûrement. C'est ce qu'on recherche.
Il y a aussi toutes les autres activités qui permettent de mieux se connaître et de mieux connaître le monde extérieur. Et puis, ça permet aussi de partager avec les autres parce qu'obligatoirement, à vivre un peu en commun comme ça, on parle de ce qu'on fait. Et tout le monde Tout le monde donne son avis. C'est très intéressant parce que ça permet de connaître un peu, parce que, durant l'année, bien sûr, on fait son petit travail, mais c'est un peu borné comme horizon. Tandis que là, tout de suite, c'est beaucoup plus large. Tout le monde… On a l'impression que tout le monde sort un peu de son univers rétréci pour partager avec les autres.
D'ailleurs, dans tous les groupes, c'est assez fréquent comme état d'esprit. Parce que, vous savez, prendre le métro tous les matins à 7h00 et avoir une heure de voyage, rentrer tous les soirs à 7h00, avoir encore une heure de voyage, on sent vraiment, même physiologiquement, on a un besoin d'évasion certain. C'est d'ailleurs pour ça que j'aime la côte. Elle me permet un peu de sortir de mon ambiance et d'arriver à faire...
00:17:20 :00 – Voix off de Monsieur Cuvelier
Nous habitons Paris, dans le 18ème arrondissement.
Nous avons choisi un centre CLTC pour de multiples raisons.
00:17:30 :00 – Voix off de Madame Cuvelier
Puis, sur un plan pratique, on y gagne quand même sur l'hôtel. Ça, c'est une question de commodité. Par exemple, je peux laver mon linge, je peux le repasser, ça compte. Et par ailleurs, on est assez farouchement indépendant. Alors, ce système mixte est, je crois, tout à fait ce qui colle bien pour nous. Parce que d'une part – c’est peut-être un point de vue un peu égoïste mais - on profite du groupe dans ce sens qu'on raconte des tas de gens différents, assez divers Intéressants, quoi. Et puis, quand même, on a cette possibilité de se retrouver en famille alors que pendant l'année, on est de bric et de broc ( ?) on travaille tous les deux. On a des gosses, mais alors à la va vite. Alors que là, on dit: On part se balader tranquille. Et puis, elles ont le temps de... On peut leur laisser faire des bêtises, disons. Qu’on ne peut pas leur laisser faire autrement. On peut peut-être manger lentement, manger salement… Rien, on a le temps. Se salir, on a le temps de laver ou on lave pas. C'est sûr, parce que pendant l'année, il y a des moments quand même où... D'abord, on les bouscule, alors elles sont toujours un petit peu hargneuses, alors que là, elles sont quand même détendues. Quand on habite Paris, on ne peut pas dire qu'on est gâté là-dessus. Je crois que du fait qu'on travaille, c'est normal.
[00:18:47.490] - Voix off de Monsieur Cuvelier
D'ailleurs, c'est un peu la même chose. Effectivement, pendant l'année, je dis pas qu'on vit un peu comme des inconnus, mais enfin, tout de même, pendant deux mois, effectivement, nous apprenons à les connaître ou à les reconnaître pendant des vacances. C'est appréciable, à la fois pour les enfants et pour nous-mêmes.
[00:19:08.870] - Voix off de Madame Cuvelier
Le loisir, mon mari, il n'en a pas beaucoup. Il n'a jamais touché à une canne à pêche ! (rires)
Jacques CHEVALLIER (en voix off)
La montagne d'été, c'est un sport, c'est une distraction, c'est un de ces aspects du loisir qui ne correspondent à la détente.
La montagne de promenade, la montagne de balade agréable, sans doute, c'est à la portée de tout le monde. En revanche, l'alpinisme n'est pas toujours, tel qu'il est conçu, du moins actuellement, à la portée de tout le monde. Une longue tradition de l'alpinisme, en fait un sport bourgeois de gens qui ont la possibilité de s'offrir - oui, c'est le mot - de s'offrir un guide et grâce à la sécurité et à l'habilité de ce guide, de pouvoir accomplir un certain nombre de grandes courses en montagne. En revanche, depuis la guerre, à la faveur des initiatives des centres culturels, on assiste à une popularisation de la montagne et à une popularisation de l'alpinisme, dans la mesure où dans ces centres, des jeunes ou des moins jeunes peuvent bénéficier des conseils d'un guide, des connaissances d'un guide et accomplir en montagne des exploits sportifs, parfois, qui sont tout à fait du niveau de ceux qu'on peut accomplir avec des guides. Mais ce qui me paraît aussi significatif de dire à propos des centres tels que les centres de la Ligue de l’Enseignement, c'est qu'on n'isole pas l'alpinisme d'une connaissance réelle de la montagne, d'une connaissance vraie des hommes de la montagne. Autrement dit, par exemple, au centre de Villeuve-la-Salle, on peut très bien, avec un guide, aller faire une course difficile comme la traversée des Arêtes de Sialouz, le lendemain ou le surlendemain, si on est fatigués le lendemain, aller jusqu'au col de l'Eychauda et en redescendant du col de l'Eychauda, qui est une promenade facile, s'arrêter dans les cabanes de bergers, bavarder avec les bergers, essayer de comprendre quels sont leurs problèmes et puis, un peu plus bas, revenir jusqu'au village, au village du Monêtier, et là, avoir certains contacts avec les gens du pays.
Je crois que ces contacts sont importants. Je crois que l'alpinisme, là aussi, ne peut pas se séparer de cette connaissance des hommes et de cette connaissance du milieu.
Et ce qu'on peut dire à propos du ski est de la même façon vraie sur le plan de l'alpinisme.
00:24:09 :00
Dire qu'il y a à peu près un million de skieurs qui pratiquent leur sport a priori plus ou moins agréablement et que 300 000 d'entre eux sont inscrits dans une fédération qui s'appelle la Fédération Française de ski. 300 000, c'est-à-dire cinq fois plus qu'il y a dix ans. Il y a donc une vogue considérable du ski, mais on peut se demander ce qu'apporte le ski à tous ces gens qui vont aux sports d'hiver et si la pratique du ski, qui est la leur, est une pratique harmonieuse, une pratique qui est profitable à la fois sur le plan du loisir détente et également sur le plan du loisir culturel.
En fait, dans la mode du ski, il y a une sorte de déviation de la pratique originale du ski, qui était un sport actif, pour un ski nouveau qui est un ski de station, un ski de téléphérique, un ski de bar, le bar du téléphérique et de night club. Et quand, sur les prospectus, on voit par exemple vanter le ski à gogo, le ski en liberté et les « soirées terribles », comme on dit, on se demande quel est le rôle que peut jouer le ski dans la formation des touristes et quel est le rôle, effectivement, qu'il joue dans un loisir bien compris.
Le ski n'est pas un phénomène isolé. Ce plaisir qu'on ressent à chausser des lattes et à descendre une pente blanche, ce n'est pas un plaisir qu'on peut isoler du cadre dans lequel il se place. Et ce cadre est à la fois un cadre naturel et un cadre humain. Le cadre naturel, c'est la montagne, c'est la beauté des paysages, c'est l'hiver et une sorte de connaissance amicale de l'hiver que l'homme d'aujourd'hui a peut-être oublié. À l'inverse, la connaissance humaine, c'est une connaissance des hommes, de leur métier. Et il est bien évident que cette connaissance échappe la plupart des touristes qui fréquentent les stations de création artificielle. À l'inverse, et là, je parle en tant qu'animateur d'un centre de montagne relevant de la Ligue de l’Enseignement, on peut dire que dans les centres de ce genre, le contact avec les hommes est toujours privilégié par rapport au simple plaisir. Et si dans ces centres, on n'oublie pas de faire du ski, bien sûr, mais aussi peut-être de danser le soir, de se réunir et d'y trouver une sorte de joie commune à des discussions, à des débats, on n'oublie pas non plus d'aller voir le paysan de la région et d'avoir avec lui de ces entretiens qui permettent de découvrir des hommes, qui permettent de découvrir leur milieu.
00:25:51 :00 – Télévision (Voix off féminine d’une émission de beauté)
Sachez donc que cette année, les femmes auront le teint clair, à peine doré, les lèvres roses et les yeux ombrés de vert. Et si vous êtes une femme très coquette, vous en emploierez deux fonds de teint. Le premier est une base fluide, légèrement dorée et uniformément répartie sur tout le visage, sans oublier le cou.
00:26:10 :00 – Madame Gary, institutrice retraitée (en voix off)
Je suis seule. Par conséquent, je m'en vais de chez moi l'hiver. Je voyage beaucoup. Je sors beaucoup, mais là, je cherchais le repos et je l'ai trouvé. Je suis de 88. Figurez-vous cela. Ici, au début, je vous avoue que les deux premiers jours - je le dis carrément, je le pense - les montées et les descentes m’ont affreusement fatiguée. J'ai cherché le petit coin au soleil dans le fond et j'étais dans cette partie de la salle à manger toute seule. J'y suis restée dans le petit jour. Je ne connaissais personne et après, mon Dieu ! je me suis invitée. Vous l’avez vu (rire) : je marche. Je monte les marches, je les descends…
Il faut voir les personnes qui sont ici. Il faut penser… Je ne sais pas, on n'a pas fait la moyenne d’âge, mais je vous serais curieuse de la connaître.
Quand je Quand je suis entrée à l'école normale, à 16 ans, je n'étais pas encore allée en voyage. Si vous voulez, nous avions, dans nos écoles, une discipline beaucoup plus dure. C'était presque le couvent. Nous nous levions le matin à la cloche, évidemment, à 5h30 du matin, et on allumait les feux. On n'allait pas (…) dans l'obscurité. Ça n'a aucun rapport avec ce qu'on a maintenant. Sont-ils plus heureux que nous ? Je n'en sais rien, on n'y pensait pas, c'était comme ça. C'était comme ça. Aller en rang quatre par quatre sur la route de Fontainebleau (rire) les feuilles mortes. Avec les caoutchoucs aux pieds et un parapluie à la main. Le chapeau sur la tête. Mais enfin, nous nous trouvions pas mal heureuses. On n'avait pas de désir, comme on dit. Mais pas l'habitude non plus de ce grand confort. Nos dortoirs n'étaient pas chauffés, n’y avait ni les lavabos. Or là, les loisirs, on n'en parle pas ! Les vacances, on allait chez les grands-parents à la campagne. Et où vraiment, ça a commencé ? Je pense que nous avons eu une voiture en 25. Là, ça a commencé. Un petit peu, cinq jours, presque. Non pas. Les vacances...
Alors là, j'ai commencé - comme j'étais à ce moment-là, moins fatiguée - J'ai beaucoup voyagé. D'abord, je suis allée en Allemagne, je suis allée en Angleterre, je suis allée en Corse, je suis allée en Italie. Mais, depuis deux ans, ce n’est plus beaucoup plus possible. Plus possible d'abord parce que les forces diminuent et puis, la vie augmente aussi.
Autrement, j'ai toutes sortes d'activités parce que je ne sais pas rester sans m'occuper de quelque chose. Je ne m'ennuie jamais. Mais il faut quand même sortir de chez soi. J'ai un grand appartement, mais enfin... Et puis la vie est très difficile maintenant pour se faire servir, pour trouver quelqu'un. Alors au moment des vacances, il fallait partir.
Voilà tout simplement les raisons pour lesquelles je suis venue. Puis, je recherche la société. C'est-à-dire que nous sommes une famille d'indépendants, voyez-vous...
Non, mais pour nous toutes ici, et ça, je le vois, pour beaucoup. On ne vit plus la vie de famille autrefois. On prenait ses parents chez soi. C’est fini. Les problèmes de logement compliquent tout. Vous le vivez aussi bien que moi. (…) le problème. Ça a été dur quand mon mari est parti, je me suis retrouvée avec des tas de trucs que je savais pas faire.
Nous vivions très près, très près l’un de l'autre, nous avions perdu un fils. Pour moi, ce qui était dur, c'est que mon mari m'a toujours épargné toute question matérielle, voyez-vous. Alors, il a fallu s'en occuper.
Je pense que toutes les personnes qui sont ici, c'est un peu pour cela aussi, qu'elles viennent chercher la chaleur des autres. Tout de même.
Voilà pourquoi je suis à Villefranche. Et je ne me regrette pas.
00 :30 :43 :00 – Voix off féminine
Et puis, souvent dans ces groupes, il se trouve qu'il y a des étrangers, c'est-à-dire d’URSS, d'Afrique, d'un peu partout. Et là aussi, on peut se rendre compte des différences qui existent, mais aussi de beaucoup de communautés. Et ça permet des discussions beaucoup plus intéressantes étant donné que chacun donne son avis, parfois avec des difficultés de compréhension, mais enfin, on arrive toujours à des résultats assez positifs malgré tout.
00:31:13 :00 – Jules Ovanlélé
Je viens du Gabon. Au Gabon, je suis comme instituteur, directeur d'école et j'assume en même temps la fonction - depuis peu d'ailleurs - de président de la Ligue gabonaise de l'enseignement. Je suis venu ici en France au compte des échanges de jeunes parce que c'est dans ces centres de vacances qu'on apprend à se connaître, que l'esprit laïque, à mon sens, se développe et qu'on se crée des amitiés sans distinction entre ceux qui viennent dans ce centre-là.
J’ai vu des gens… Les jeunes gens participent à pas mal d'activités qui sont toutes culturelles et ils font de la voile, il y a le cinéma, le ciné-club, on discute. Je crois que la formule est vraiment très bonne. On fait en sorte que tous les jeunes de tous les pays du monde se rapprochent, se comprennent. Et je crois que ces échanges de jeunes, surtout, qui se rencontrent dans des centres de vacances, aident beaucoup le rapprochement entre les hommes. Et partant, ma foi, ils peuvent s'aimer. Je crois que le cap des centres de vacances, ici en France, continue beaucoup à atteindre cet objectif.
Les gens se comprendront, ils comprendront finalement que l'on établit aucune distinction de race, de peau, de religion et que les hommes doivent vivre une vie vraiment de fraternité humaine.
J'ai trouvé que mademoiselle Annette était une fille vraiment bien sympathique, très simple, très modeste et qui a accepté de parcourir avec nous toutes les (incompréhensible / rires)
Annette (off)
(Rires) … pas me faire rire (…) C'est idiot.
Jules (off)
Je la trouve très sympathique et très gentille.
Valérie, sincèrement, je dois dire que ça ne m'a pas tellement impressionné. J'ai vu certains masques taillés dans du bois. Si j'ai pu les comparer à certains de chez nous, je ne vois pas pourquoi ces masques pourraient figurer dans une salle d'exposition. C'est mon jugement.
Annette (off)
Un tableau qui m'a plu, c'est « La partie campagne » et.. ohlala les titres…
Jules (off)
J'ai eu cette impression de satisfaction devant les tableaux de Léger. J'ai vu.. Il y a un certain tableau, quand même où on représentait, je crois, le cycliste, où on représentait le handball, où on représentait les travailleurs en pleine activité. Ça, j'ai compris. Quant à l'autre, je n'ai pas vu juste quel était le thème.
Annette (off)
Ça marque bien notre époque. Les cubes… Les formes, surtout. Les courbes sont très belles. « Les constructeurs », oui, c’est ça.
00:36:58 :00 – Voix off masculine
Ce qui nous paraît intéressant avant c'est d'arriver à une connaissance beaucoup plus précise des gens, des hommes qui vivent. Et pour ce faire, il y a une technique, technique de tous les organismes de tourisme culturel, qui vise, avant toute chose, à faire prendre conscience à leurs adhérents du pays dans lequel ils évoluent. Plusieurs moyens sont possibles. Quant à nous, la méthode est à peu près toujours la même. Nous commençons par sensibiliser nos adhérents sur les spectacles, qu'ils soient naturels ou humains, que nous allons leur présenter. Ensuite, nous ne cherchons pas à faire état d'érudition, mais nous essayons toujours, au travers de l'élément présenté, de retrouver une présence humaine.
Sur la Côte, il y a des aspects artificiels. Nous les connaissons. Il est nécessaire de les montrer pour en faire prendre conscience. Mais, sur la Côte également, il y a des gens qui y vivent, y travaillent, qui peinent, et il nous paraît utile de montrer pourquoi ces gens ont des difficultés. D'autre part, il est bien certain que ce pays, qui a été le pays élu des poètes et des peintres, possède un assez grand nombre de sanctuaires, que ce soit la chapelle Cocteau à Villefranche, qu'il s'agisse du musée Fernand Léger, qu'il s'agisse à Menton, de la salle de la Mairie, bien sûr.
Tout ça est fort intéressant. Il faut le montrer et nous le montrons. Mais nous essayons de le montrer, non pas en essayant d'en tirer la beauté formelle, mais au contraire, en essayant de voir de quelle manière ces artistes ont réagi au genre de vie qu'ils ont trouvés sur la Côte.
Ce processus touristique, qui, au départ, peut paraître quelque peu didactique, en réalité, est extrêmement bien accueilli par tous les gens qui fréquentent les centres de tourisme culturel. Il est certain d'ailleurs que lorsque nous avons affaire à des adhérents qui viennent dans nos maisons pour la première année, un effet de surprise est extrêmement sensible. À titre d'anecdote, je me souviens avoir emmené pour une excursion sur la Côte d'Azur un groupe de Russes qui voulaient absolument voir le Palais princier à Monaco. Et le but de l'excursion pour eux était uniquement cette visite.
00:41:55 :00 – Voix off masculine
Le tourisme, ce n'est pas simplement le fait d'enregistrer des belles images à une vitesse grand V, mais c'est avant tout de connaître les hommes, de savoir quelles sont leurs préoccupations et comment ils vivent. Il s'avère à l'expérience que cette conception correspond à un besoin caché de chacun de nous, qui est d'abord la curiosité, et d'autre part, on s'aperçoit que la culture, après tout, c'est peut-être de participer à la vie d'autrui.
[00:42:24.750] - Orateur 3
Allez-y.
00:43:57 :00 – Henri MASSEIN
Que tous les spectateurs veuillent bien me pardonner si, au début de ce film, je me suis prêté au petit jeu de monsieur Tout le monde. La raison en est simple. Le Centre laïque de tourisme culturel de la Ligue française de l'enseignement a comme objectif constant de répondre aux besoins de tous. En essayant de nous mettre à la place de chacun, nous pouvons réunir toutes les conditions propices aux véritables vacances. Le tourisme ne constitue pas, pour nous, une fin en soi. Nous ne sommes pas des marchands de voyage. Le tourisme, comme la lecture, le cinéma, la radio, la télévision, est un moyen de culture vraie. Mais de même qu'il existe des livres abêtissants, de mauvais films et des émissions insipides ou nocives, il existe de soi-disant séjour et voyages culturels. Le Centre laïque de tourisme culturel de la Ligue française de l'enseignement a comme ambition d'offrir à ses adhérents à la fois détente, délassement et enrichissement personnel. La culture ne doit pas être le bien de quelques-uns. Chaque individu doit avoir accès à la culture, c'est-à-dire à la connaissance et à la compréhension du monde. Chacun peut trouver, dans le vaste éventail des réalisations du CLTC, le séjour ou le voyage qui le tente.
Fin : 00 :45 :49 :00
SÉQUENÇAGE
DP Paris, foule citadine aux heures de pointe dans la rue, le métro / kiosque à journaux avec Une de France-Soir (et Pompidou) / On suit un homme qui pren dune correspondance du métro sur les grands boulevards (station aérienne), musique jazzy / il rentre chez lui dans une cité HLM tranquille
Int. Appartement. L’homme embrasse sa femme à la cuisine, jette un oeil dans la chambre de sa fille en plein essayage de chapeau / plans cut des différents essayages / le père de famille refeme la porte et passe au salon sous la table duquel son jeune fils joue à la conquête spatiale / le père le laisse à ses jeux et vient ajouter un document à un gros dossier ”Sécurité sociale” sur une commode. Il allume le poste de radio, puis s’intalle enfin dans son fauteuil pour lire le journal (France-Soir). Le père s’endort tandis qu’un reportage de montagne passe à la radio.
00:03:21:00
Vision onirique, filmée au ralenti, sur fond sonore de locomotive sifflant : une immense dalle estivale ou des vacanciers prennent le soleil salués par des hommes en complet cravate
Le fils réveille son père assoupi en lui rappelant sa promesse de l’envoyer en vacances à la mer
00:03:56:00
L’homme se rend au siège de la Ligue française de l’enseignement, rue Récamier pour se renseigner auprès du Centre laïque de tourisme culturel (CLTC). Pour sa fille on lui recommande le centre de jeunes de Villeneuve-la-Salle dans les Hautes-Alpes (05)
00 :04 :17 :00 – Le centre de jeunes de Villeneuve-la-Salle
00 :04 :40 :00 – La Grande bastide dans le Lavandou
00 :05 :55 :00 – A l’étranger
Grèce, Allemagne, Portugal, Autriche, Italie, Tchécoslovaquie, Israël, URSS, Pologne, Pays-Bas, Algérie, Afrique noire, Cuba, Mexique, USA, Japon
00 :06 :55 :00 – Barcelonette
00 :07 :08 :11 – Villafranche sur Mer
00 :07 :24 :00 - La famille fait ses bagages (effet d’accéléré)
00 :07 :54 :00 – Générique : Le Centre laïque de Tourisme Culturel Ligue française de l’enseignement – présente – sous la direction de Guy Noël – VACANCES POUR TOUS – Images de Jean-Marie Direxel – Musique et direction de Cesar Gattegno – Réalisation de Philippe Durand
Long travelling sur un chantier vu à travers la vitre d’un train
Entrée d’une locomotive en gare
00:09:10:00 – Marc Laville
00 :12 :35 :00 (...)
